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La place des organisations Haïtiennes dans le développement local:

enjeux, défis et perspectives

 

par Patrick Delorme and Stephane Grandvaux

 

 

Le mouvement associatif de développement endogène en Haïti a vu le jour peu après le départ de Duvalier en 1986. Selon l'Agence internationale de développement des États-Unis (USAID, 2009), les premières initiatives de développement local ont été lancées au début des années 1990. Pour nous, le développement local en Haïti au cours des 25 dernières années a toujours été synonyme de projets à court ou moyen terme, mis en œuvre - le plus souvent - sous la direction de bailleurs internationaux. Une culture de dépendance s'est établit progressivement, empêchant toute initiative visant à répondre à de véritables besoins locaux.

 

Dans cet article, nous n’avons pas l’intention de critiquer les organisations de développement locales en Haïti ni de prétendre proposer des solutions toutes faites. Notre objectif est plutôt de relater certains des problèmes et défis auxquels les organisations locales sont confrontées et d'ouvrir ainsi la voie à une conversation constructive dans laquelle nous espérons découvrir de nouvelles perspectives et solutions pour un développement local plus viable et durable.

 

 

Les principaux problèmes et défis auxquels font face les organisations locales

 

 

Les inconvénients, défis ou insuffisances souvent associés aux organisations locales sont entre autres:

 

  • Vision et objectifs limités entraînant un écart entre le potentiel et l'impact;

  • Capacité limitée pour des actions de grande envergure dans la sphère publique;

  • Manque de leadership empêchant parfois une véritable approche participative;

  • Manque de ressources matérielles, en particulier de ressources internes;

  • Faible capacité en ce qui concerne les relations extérieures, en particulier en ce qui concerne les institutions plus grandes et plus riches.

 

Un autre grand défi auquel sont confrontées les organisations locales haïtiennes est le financement. Même si la constitution de 1987 parle du développement des communautés locales, l’État ne soutient pas nos connaissances, ni les initiatives locales ou communautaires dirigées par la société civile. Ainsi, dans un contexte où les membres de l'organisation (fondateurs et autres) sont très souvent des bénévoles, on peut comprendre la tendance légitime des organisations locales à se tourner vers l'aide au développement international.

 

La structuration est une autre question qui mérite d'être soulignée. Les organisations locales en Haïti se caractérisent généralement par leurs faiblesses structurelles. Pourquoi? Parce que le plus souvent, les documents stratégiques définissant leur mission, leur vision et d’autres politiques, ainsi que les procédures financières et comptables, les manuels d’exploitation, les ressources humaines qualifiées manquent ou sont incomplets. C’est pour cette raison que les partenaires étrangers potentiels font très souvent référence au problème de la «gouvernance faible» vis-à-vis des organisations locales. La capacité de négociation des organisations locales est donc réduite dès le départ. Le déséquilibre des relations de pouvoir entre les organisations locales et les partenaires internationaux devient un défi majeur, les interlocuteurs étrangers les percevant comme un maillon faible.

 

 

En conséquence directe de ce déséquilibrele manque de confiance constitue un autre défi à surmonter. Cependant, quand on parle de collaboration ou de partenariat, il faut aussi parler de confiance entre deux parties, en assurant un dialogue transparent et ouvert dans lequel les deux partenaires sont considérés comme des contributeurs égaux. Ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Le partenaire international est souvent considéré comme 'l'expert' et le partenaire local comme 'bateaux vides', dont la contribution se limite à la mise en œuvre mécanique de projets. Plutôt que de renforcer la collaboration, cette situation crée des frustrations, des tensions et parfois un sentiment de rejet.

 

Dans cet état de choses, les organisations locales n’ont d’autre choix que d’accepter d’agir conformément aux exigences des partenaires internationaux par le biais d’interventions cosmétiques à court ou moyen terme et de projets ponctuels. Une grande partie du secteur du développement est régie par des rapports annuels et des cycles de projets de trois ans, ce qui est loin du temps nécessaire pour parvenir à un changement transformateur. Ainsi, de véritables problèmes locaux restent souvent non résolus. La participation locale est réduite à néant. Le développement local durable à long terme reste un rêve.

Comment les relations entre partenaires pourraient-elles être redéfinies?

Tout d'abord, il est nécessaire de regarder les choses différemment. Reconnaître le potentiel d'Haïti devrait être la première étape d'une nouvelle approche. Regarder Haïti dans une perspective d'opportunités révèle non pas un pays de victimes et de bénéficiaires passifs de l'aide internationale, mais plutôt un pays et un peuple dotés de forces majeures et d'un véritable potentiel.

 

Lorsque les organisations ne sont pas entièrement catalysées de l'extérieur et dirigées par des personnes originaires des communautés dans lesquelles elles travaillent, elles sont beaucoup plus susceptibles de rester dans ces communautés, longtemps après le départ des acteurs internationaux. Lorsque des organisations de base naissent de relations existantes, durables et mutuelles, leur personnel et leurs bénévoles connaissent souvent les personnes qu’ils servent individuellement, ce qui entraîne un intérêt personnel et un engagement à long terme dans la réussite de leurs efforts.

Bien entendu, toutes les ONG locales ne sont pas créées de la même manière, et il en va de même pour les bailleurs de fonds. Les subventions de toute taille peuvent créer ou renforcer des relations de dépendance, ainsi que perpétuer, plutôt que de contester, les structures de pouvoir existantes.

 

Quelles pourraient être les solutions potentielles pour redéfinir les règles d'engagement?

 

Pour l'organisation locale:

 

Augmenter la participation et l'engagement de la communauté:

La qualité des actions menées par les communautés locales ne peut être garantie que si elle résulte d'une mobilisation consciente, organisée et méthodique des acteurs autour d'objectifs conçus de manière consensuelle.

 

Mettre en place des mécanismes de concertation assurant un dialogue entre les acteurs locaux:

L'établissement de réseaux et la coordination entre les acteurs locaux contribuent à stimuler le partage d'informations, l'évaluation collective des progrès, à définir des objectifs communs et à mener des activités concertées. Elle présente également l'avantage de pouvoir partager des ressources et des compétences sans toujours avoir recours à une assistance externe, qui est coûteuse et souvent inadaptée.

 

Pour les partenaires internationaux:

 

Les partenaires internationaux doivent réviser leur forme d'assistance afin d'accorder davantage de pouvoir décisionnel aux citoyens locaux, de meilleures opportunités aux organisations haïtiennes et un plus grand rôle dans la définition des politiques de développement pour les ONG et les autorités locales.

 

 

Bien qu'il soit possible pour les organisations internationales de s'engager dans des alternatives au développement, ces espaces restent limités. Pour les ouvrir, il est inévitable que la logique du projet, axée sur l’efficacité et les résultats rapides et mesurables (quantitatifs), soit abandonnée au profit de modes d’engagement plus flexibles et progressifs.

 

De nouveaux principes de partenariat doivent être établis afin de favoriser des résultats positifs pour les ONGI en partenariat avec des ONG locales. Les organisations participantes doivent accepter de fonder leur partenariat sur les principes suivants:

 

Égalité - Exiger le respect mutuel entre les membres du partenariat en ce qui concerne leurs mandats, leurs obligations et leur indépendance et reconnaître les contraintes et les engagements de chacun;

 

Transparence - obtenue par le dialogue en mettant l’accent sur les consultations précoces et le partage d’informations;

 

Approche à long terme - qui doit être basée sur le soutien et le transfert de capacités, à la fois concret et adapté au contexte d’intervention;

 

Responsabilité partagée - les organisations humanitaires ont l'obligation éthique de travailler de manière responsable, intègre et de manière pertinente et appropriée. Le succès et l'échec d'un partenaire doivent être le succès et l'échec de l'autre;

 

Complémentarité - valoriser la diversité de la communauté humanitaire et s'efforcer de travailler avec les capacités locales pour améliorer et compléter les contributions des organisations partenaires.

 

 

Conclusion

 

Un véritable développement local ne peut et ne doit pas être fait sans la participation effective des citoyens locaux au processus de prise de décision. Il est également absurde de penser au développement sans coopération internationale, particulièrement dans ce contexte de mondialisation. Cependant, des principes de base doivent guider ces partenariats et être respectés si nous voulons voir un réel changement.

 

Soutenir les organisations locales et les autorités locales, c'est encourager la participation de la population locale au développement, tant au niveau local que national. C'est travailler pour une meilleure gouvernance, pour une forme de développement plus participative et donc plus proche des communautés. Les organisations de la société civile apportent une réelle valeur ajoutée en raison de leur proximité avec les communautés locales et de leur plus grande flexibilité dans la mise en œuvre des actions de développement.

 

Il est temps de laisser les organisations locales démontrer leur potentiel et de les considerer comme de réels protagonistes. Le changement durable et a long terme ne peut devenir une réalite que si des relations de confiance et durables sont établies.